Histoire et patrimoine

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Dominées par le volcan actif de La Fournaise, les terres situées au sud-est de l’île n’attirent pas les premiers habitants.

Pourtant, la luxuriance de la végétation et l’abondance des eaux marquent le paysage, c’est que la côte n’est pas facile d’accès. Les premières cartes opposent d’ailleurs le « bon pays » au nord-est, au « pays brûlé » au sud-est. On y lit même « feux souterrains » comme pour amplifier le caractère inhospitalier des lieux.

Le pays vert, loin des grandes routes de navigation et des centres intégrés déjà à la mondialisation de l’économie pré- capitaliste, reste un pays de chasse et de marronnage, une marge.

 

 Le marquis d’Albert note  en 1725 : « …De la Rivière d’Abord au pays Brûlé, en faisant le tour par cet endroit jusqu’à la Rivière de l’Est, il y a par intervalles des montagnes d’une prodigieuse hauteur et des creux de ravines affreux. Le pays est si peu connu qu’on ignore si on pourrait y trouver du passage ; quoiqu’il puisse y avoir du bon terrain, il n’est pas distribué à cause de son éloignement… »

 Ce n’est que tardivement que les premiers habitants s’y installent pour le coloniser.

Ils sont là avant la Révolution française, quelques aventuriers ou pionniers à une époque où les terres rares et morcelées dans le reste de l’île, font déjà penser à une émigration aux Seychelles.

Les premiers habitants viennent des localités voisines, Saint Benoit et Saint Joseph comme le montrent les recensements :

  • Paul Robert né à St-Benoit en 1760.

  • Henri posé né à St-Benoit en 1763.

  • Noël Boyer né à St-Benoit en 1770.

  • Veuve Antoine Angot née à Ste-Suzanne en 1772.

  • Augustin Duchemann né à St-Benoit en 1775.

  • Louis Gasque né à Ste-Rose en 1788.

  • Siméon Cadet né à St-Benoit en 1799…

Le climat humide et la qualité des sols, associés à la rareté des terres arables, sont pour quelque chose dans le choix de cultures vivrières et spéculatives spécifiques, comme le giroflier, en attendant la canne à sucre et la vanille.

St-Joseph, quartier chéri car prometteur aux yeux de son protecteur Joseph Hubert, semble promit à égaler les Nouvelles Moluques pour y développer la nouvelle plante qu’est le giroflier, objet de beaucoup de soins.

Ce qui est le Saint-Philippe d’aujourd’hui n’existe pas encore. Le territoire de Saint Joseph s’étend jusqu’au Grand-Brûlé.

L’établissement des habitants à la Basse-vallée et au Baril, nécessite l’envoi d’un adjoint de la municipalité de St Joseph dans la « Section Baril »La nouvelle commune disposera d’une chapelle commencée en 1822 qui est sur le point de s’achever en avril 1834. Le cimetière est celui de la Basse-vallée où les notables et les gens un peu aisés disposent de pierres tombales remarquables, comparables à celles du cimetière du Butor de Saint Joseph. Dès 1857, le conseil constate que l’ancien espace est devenu inapte et recherche un nouveau lieu. La situation  est encore problématique en février 1866, pour un terrain au centre-ville. 

Par l’ordonnance du 04 octobre 1830, la section Baril est devenue une commune à part entière. Elle aura un maire (Monsieur Leroy), un adjoint (Monsieur Boyer), un conseil municipal de quatre membres (Messieurs Rodouan, Sautron, Vergoz et Lachapelle) et deux suppléants. La séparation doit s’effectuer le 1er juillet 1831.

1830, c’est l’année de la Révolution de juillet en France ou « les trois glorieuses ». Le roi Louis Philippe est libéral, c'est-à-dire favorable aux principes de 1789 (roi constitutionnel).

Cependant, les moyens financiers sont limités et cette situation est une constante de l’histoire communale, vu les faibles ressources de la population.

Aussi revient à plusieurs reprises, l’idée de fondre la commune dans celle de St-Joseph.

Malgré l’isolement lié aux difficultés de circulation, le « développement » se poursuit.

En 1831, on compte 852 libres pour 941 esclaves et une population totale de 1793 personnes.

Le 1er janvier 1848, le conseil municipal mentionne 1002 libres (Blancs et affranchis) et 928 esclaves pour une population de 1930 habitants. Comme les autres propriétaires d’esclaves de l’île ceux de Saint-Philippe attendent eux aussi une indemnisation de la part du gouvernement de la seconde République, à l’initiative de l’abolition de 1848. L’arrivée du neveu de Napoléon 1er au pouvoir, Napoléon III, est saluée par les notables du conseil municipal et correspond encore aux années heureuses pour l’économie sucrière.

En 1877, on compte 722 travailleurs indiens. Travaillent à l’usine du Baril, chez Montbel Fontaine, 389 engagés.

F. Cazamian, décrit Saint Philippe en 1867, comme une localité indigne du nom de Quartier : « Mais cocher, vous vous êtes engagés à nous conduire à Saint-Philippe ! »

- « A Saint Philippe, monsieur, vous y êtes ! »

- Cette affirmation me semblait légèrement contestable et je le regardais ébahi, quand il ajouta, en guise de correctif : « au détour du chemin, vous apercevrez le quartier »

Le quartier! Mot tout plein de séduisantes promesses pour des voyageurs harassés de fatigue et partis de Saint Pierre, depuis le matin. Car enfin, tout quartier suppose un hôtel ou du moins une auberge quelconque et comme le soleil venait de disparaître à l’horizon, nous aurions volontiers mon compagnon de voyage et moi, salué d’un cri de joie l’apparition de la plus modeste « posada ». Hélas ! Nous avions compté sans l’élasticité du mot « quartier » qui peut désigner, paraît-il dans la langue créole, à la fois des villes populeuses comme Saint-Denis ou Saint-Pierre et la réunion de quelques bicoques délabrées, comme celles que nous avions sous les yeux. Figurez-vous en effet au détour d’un chemin une chapelle de pauvre apparence […] une ou deux boutiques malpropres d’Indiens, quelques cases planches disjointes, la plupart inhabitées et vous aurez une idée assez exacte du quartier de Saint-Philippe. Et pourtant l’annuaire officiel de l’île Bourbon donne à Saint Philippe une population de 2000 Habitants…

La culture de la canne à sucre, comme dans le reste de l’île, se développe dans la seconde moitié du XIX siècle. Une sucrerie est mentionnée en 1831 et dispose d’une machine à vapeur de 4 chevaux en 1834.

Deux usines existent dans le dernier tiers du XIX siècle (rapport d’octobre 1863) : celle de la Trinité au centre- ville (Emile Roustan) et celle du Baril (Montbel Fontaine). Le Crédit Foncier colonial dont le siège est en métropole devient propriétaire des deux usines, les anciens capitaines d’industries ne pouvant rembourser leurs dettes.

Un rapport de juillet 1874 signale « une seule usine fonctionnant avec un appareil dans le vide et au triple effet ».

Dès 1867, un rapport ne signalait plus qu’une seule usine en fonctionnement alors que les deux ont un moulin à vapeur. Situation confirmée les années suivantes.

Quant aux cultures pratiquées,  le maire note en 1874 que « Le giroflier couvre la majeure partie de la surface cultivable, peu de caféiers, quelques plantations de cannes, de manioc, de maïs…Le café  a été un des produits de cette commune, il a été presque abandonné, cependant la culture donnait des résultats avantageux. Elle pourrait être renouvelée avec succès. »

Ce qui revient souvent dans les délibérations des conseils municipaux, c’est l’indigence de la population et son besoin d’être secouru par des aides alimentaires  (ceux de Takamaka et Baril).

Les industries sont rares et l’exploitation de la forêt qui fournit des madriers, planches et bardeaux (embarqués entre autre aux Sables-Blancs) permet d’occuper les bras et  procure un revenu aux nécessiteux.

La pauvreté fait partie du quotidien et est le lot commun de la plupart des habitants qui n’échappent pas aux maladies arrivées avec  les engagés, les épidémies de choléra et de typhus. On se mobilise avec difficulté pour avoir un docteur.

La fabrication des sacs de vacoas va de concert avec l’industrie sucrière.

La culture de la vanille s’est développée avant 1870 sur des terrains domaniaux.

Ce qui ne se fait pas sans conflits, comme le signale les rapports des agents du Service forestier.

Parmi les planteurs on rencontre les Babet, les Salvan, les Payet, les frères des écoles chrétiennes, le propriétaire de l’usine du Baril Montbel-Fontaine et bien d’autres.

La fin du XIXème siècle voit le départ des frères des Ecoles chrétiennes qui s’étaient installés dans la commune et dispensaient l’enseignement primaire confessionnel. Trois lui sont destinés, en mai 1850, à leur arrivée dans la colonie. Alors qu’une école primaire laïque y existe déjà avec un instituteur. A l’emplacement qu’ils occupaient au centre-ville, sur les pas géométriques, s’installe le Service forestier avec l’accord du Conseil général et de la municipalité. Ils laissent cependant leur nom à une rue et des caveaux au cimetière central.

La fin du siècle est l’occasion pour la commune de s’équiper d’une adduction en eau potable qu’on aurait pu croire digne de ce nom. Les moyens manquent et ralentissent la réalisation de la canalisation de 17 kilomètres qui conduit l’eau du captage de Bras-sec dans la commune de St-Joseph au centre-ville de Saint-Philippe. Lorsque l’eau arrive enfin, le débit est faible et les fuites importantes malgré les « soins » d’un gardien de canal.

L’utilisation des puits creusés sur tout le littoral reste de rigueur. On doit à des fantaisistes du XIX siècle, les noms actuels des puits qui sont tous l’œuvre de la volonté des habitants de la commune, soucieux de répondre à leur besoin essentiel.

On retiendra comme fait divers insolite, le naufrage du navire anglais H.M.S. Warren Hastings, le 14 janvier 1897 à 2h20 du matin, à la Marine de Saint-Philippe. Le rapport du commandant Holland indique que l’équipage s’est tiré d’affaire seul cette nuit là, la mer étant calme mais le temps pluvieux. Les habitants n’en n’ont pas moins démérité en apportant leur hospitalité aux naufragés rapidement repartis vers St Pierre pour la Pointe des Galets. D’où ils embarquent à destination de l’île-sœur, alors colonie britannique.  La commune reçoit de la reine Victoria une horloge. Ainsi que le note l’évêque Jacques Paul Antonin Fabre dans une correspondance au gouverneur, le 28 juillet 1898 : « L’horloge peut-être mise en place quand on voudra ». L’horloge se trouvait comme le confirme la tradition orale dans l’église. Faute de soins et d’attention de tous, elle disparait du regard des administrés.

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Visite de Joseph Sarda Garriga dans les communes du 13 novembre au 7 Décembre 1848. Son passage à Saint-Philippe, vu par La Lanterne Magique.
 
 
 
 
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Jacques Etienne Victor Arago. Ile Bourbon, vue du Grand Brulé. 1818.
 
 
 
 
 
 
 
 
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On remarquera en haut à droite, en arrière-plan le Piton de crac.
 
 
 
 


Le début du XXème siècle est marqué par le Grand conflit mondial et ses conséquences néfastes pour l’économie insulaire. La guerre sur mer, et déjà sous-marine, aggrave les restrictions qu’impose l’effort de guerre. Le mot qui marque les esprits, pénurie, prend ici une ampleur dramatique. L’ancienne usine du Baril, devenue féculerie de Manioc en 1915, est la seule à faire travailler. Octave Ratinaud, représente alors la société Baril et Trinité. Certaines vieilles personnes se souviennent encore de lui. En 1918, le conseil municipal tire la sonnette d’alarme sur une éventuelle fermeture. Les cultures vivrières retrouvent toute leur importance dans une commune où elles ont toujours trouvé des adeptes. Comme le note le conseil municipal, des enfants du pays tombent. Marcel Babet, décède des suites de ses blessures au front en février 1915. D’autres reviennent heureusement de cet enfer.
L’épidémie de grippe espagnole de 1918 qui est un produit de la guerre, restera également dans les mémoires comme étant « La peste ».
Il faudra attendre véritablement les années 80 pour voir s’opérer à Saint Philippe les effets d’une vraie modernisation et une rupture avec le passé marqué par le sous-développement et le sous-équipement (Merci l’Europe et l’octroi de mer montré du doigt !). Cela malgré l’éloignement (frein  à un type de développement pensé comme « La » norme : tout le monde veut être « dans » le centre mais il faut bien une périphérie !) et un taux de chômage important, lié à la jeunesse de la population associée à une inadéquation des formations par rapport aux besoins du marché, quand le marché veut bien être en bonne santé et jouer le jeu.

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